Le Pentagate fait tomber les têtes

Grands patrons ou ténors de l’UDI, le « Pentagate » (du nom des entreprises du groupe Penta) n’épargne personne ; résumé d’une affaire sur fond de financement douteux de campagnes électorales, de prestations fictives et de conflits d’intérêts.

Quiconque ayant croisé de près ou de loin un journal ou un média chilien au cours des quatre derniers mois a forcément eu écho du « caso Penta », ou « Pentagate ».  Tout commence au mois d’août dernier, quand est révélée par le service des impôts (SII) une fraude massive au FUT – le Fondo de Utilidad Tributaria, qui permet normalement aux entrepreneurs de payer moins d’impôts pour réinvestir leurs bénéfices, et qui devrait disparaître avec la réforme fiscale du gouvernement Bachelet.

Les enquêteurs découvrent d’abord que, par l’intermédiaire d’un de leurs comptables, Hugo Bravo, les entreprises Penta, dont le champ d’activité va de la sécurité à la santé en passant par la banque et la finance, ont dissimulé à l’administration plusieurs centaines de millions de pesos – deux milliards pour les seules années 2009 et 2010. Pis, Hugo Bravo, depuis en procès contre ses anciens employeurs, dévoile une liste de politiciens, appartenant pour la plupart à l’UDI, parti d’opposition, qui auraient sciemment bénéficié de fonds issus de la fraude. Les dirigeants du groupe Penta, Carlos « Choclo » Délano et Carlos Lavín, dont la responsabilité n’est pas avérée, sont dès lors le sujet d’une enquête, au même titre que plusieurs autres hauts responsables du groupe.

Carlos Délano Pentagate

Carlos Délano, protagoniste central du Pentagate (Crédit Photo : Wikicommons)

Un système trouble mais bien rodé

A noter qu’en plus d’être le copropriétaire du groupe Penta, Carlos Délano est aussi membre du directoire du Teletón – dont le fonctionnement n’est pas exempt de critiques – et membre du conseil d’administration de la « Universidad de Desarrollo » – dont une enquête a révélé en 2012 les irrégularités (salaires très élevés des professeurs, location des locaux à une entreprise détenue par les membres du conseil d’administration, etc.). Depuis le Pentagate, l’homme ne siège plus auprès de ces deux institutions, de même qu’il a quitté, à l’instar de Carlos Lavín la direction de plusieurs branches des entreprises Penta.

Pour créer la « Universidad de Desarrollo » à la fin des années 1990, la famille Délano s’était alliée, entre autres, à la famille Silva : Ernesto Silva, président de l’UDI et neveu de Carlos Délano a d’ailleurs été visé par l’enquête du Pentagate à la fin 2014. Autre célébrité de la scène politique chilienne gravement entachée par cette affaire, Pablo Wagner, qui aurait reçu, alors qu’il était secrétaire d’Etat aux mines sous le gouvernement de Piñera, plusieurs millions de pesos de la part des entreprises Penta par le biais de fausses factures et de fausses déclarations  de revenus. Enfin, Joaquín Lavín, ancien ministre de Piñera, ami de longue date des « Carlos », autre membre fondateur de la « Universidad de Desarrollo » et candidat à las présidentielle de 2000 est aussi dans le viseur de la justice.

La question du financement des campagnes politiques

Le site du SERVEL , le service électoral chilien, rappelle la loi sur le financement des campagnes électorales : il est impossible pour un donneur de verser plus de 230 millions de pesos à un parti politique ou de dépasser cette somme dans le total de ses dons à différents candidats. S’il semble que le groupe Penta ait excédé cette limite, la question est surtout de savoir si les transferts d’argent aux candidats ont tous été déclarés ou non. Théoriquement, aucun don de plus de 500 000 pesos ne peut être anonyme. A l’heure actuelle, et outre les personnalités précédemment évoquées, les services fiscaux enquêtent sur les campagnes d’Ivan Moreira, de Laurence Golborne, de Pablo Zalaquett, et d’Ena von Baer, tous membres de l’UDI.

Face à ces événements, la majorité présidentielle se frotte les mains. C’était d’ailleurs elle qui avait demandé l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire en octobre sur le cas Pentagate. La roue pourrait toutefois tourner, puisque ce lundi 12 janvier, c’était la directrice de campagne de Michelle Bachelet, Ana Maria Lagos, qui était à son tour entendue dans cette affaire.

Article originalement paru sur le site de lepetitjournal.com de Santiago

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