Un défilé de plus pour les « Furiosos Ciclistas »

Hier soir, comme tous les premiers mardi de chaque mois, avait lieu à Santiago la traditionnelle « cicletada », manifestation à vélo organisée par le mouvement Furiosos Ciclistas (MFC – traduire par « le mouvement des cyclistes furieux« ). L’occasion pour les cyclistes de tout poil de s’approprier la chaussée pendant quelques heures et de faire valoir leurs droits.


20h, mardi 4 novembre, Métro Baquedano ; la Plaza Italia, centre névralgique de la circulation de Santiago, est noire de monde – et de vélos. Noire de monde, mais multicolore : entre les phares des bicyclettes, les néons montés sur certaines d’entre elles, les lumières des casques de leur propriétaire, et les sacs ou autres gilets fluorescents, la palette est complète.

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Tracé du parcours de la manifestations cycliste du mardi 4 novembre 2014 (Crédit : Ministerio del Interior y de la Seguridad Pública)

Brillant spectacle que ces centaines de cyclistes qui s’élançaient ce mardi soir dans une boucle débutant et finissant à Plaza Italia, et passant entre autres par Recoleta, Independencia, San Martin et la Alameda, la principale avenue de la capitale chilienne. A  chaque mois son nouveau trajet, celui du 4 novembre étant un peu plus court qu’à l’accoutumée (une petite heure et demi en pédalant tranquillement). La procession, colorée et luminescente, est hétéroclite : entre les couples, les enfants, les pros, ceux venus entre amis, les nudistes, les jeunes en BMX ou les hommes d’affaires en costume trois pièces, tout le monde semble pouvoir s’y retrouver.

Les uns fusent, les autres flânent, mais tous se respectent. Le tintamarre des sonnettes est parfois couvert par les cris de cyclistes heureux, et se fond dans la musique que certains diffusent avec des enceintes portables. On en oublierait presque les embouteillages de vélos à chaque virage (même si ceux-ci sont rares), les klaxons des automobilistes coincés sur les axes perpendiculaires au tracé, ou encore les applaudissements et les encouragements des badauds qui observent le défilé depuis le trottoir d’un oeil interrogateur, agacé ou effaré.

Manifester pour « byciviliser »

Cela fait 20 ans que le Mouvement Furiosos Ciclistas (MFC) organise des manifestations de ce genre ; même si ce n’est que la cinquième officiellement permise par l’Intendance Métropolitaine, la mairie centrale du Grand Santiago, qui participe dorénavant au tracé du trajet. Pendant la cicletada, il est fortement conseillé de porter un casque et d’avoir des feux, avant et arrière : normalement obligatoires, il est possible de s’en passer pendant la manifestation. Cependant, difficile d’échapper dans ce cas aux regards réprobateurs des policiers venus encadrer le défilé.

L’objectif pour le leader du MFC César Garrido, comme il le rappelait dans une interview au Mercurio en 2013, c’est de faire valoir, dans la légalité, les droits du cycliste dans l’espace public et sur la chaussé – pendant le défilé il est d’ailleurs interdit de rouler en vélo sur le trottoir ou à contresens, et des organisateurs sont postés un peu partout pour le rappeler à l’aide de mégaphones.

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La « cicletada » de ce mardi 4 novembre 2014 (Crédit Photo : FL)

Contestataire mais civique, le MFC se veut pacifique plus encore que rebelle. Parmi les revendications du mouvement, faire diminuer la vitesse maximale autorisée en centre-ville (de 60km/h à 40 km/h), ou habituer les automobilistes à la présence de cyclistes en « bycivilisant » la ville – un néologisme dont on trouve la définition dans le très drôle (et pertinent) dictionnaire du site du MFC. Dictionnaire ou l’ « automobile » est « pour certains une alternative de transport valide et pour d’autres l’ennemi numéro un de la cohabitation urbaine », où « le piéton » devient « un véhicule bipède dont les deux extrémités sont à la fois directrices et motrices », et où l’ « activisme » se définit comme le fait de « pédaler à dessein ».C’est donc avec conviction et bonne humeur que l’on manifeste pour promouvoir le vélo à Santiago. Le mouvement, importé des USA, existe aujourd’hui dans plusieurs villes du Chili : Copiapó, Valparaíso, Talca, la Serena, Concepción…

La « bici », comme on l’appelle ici, est une véritable institution, et beaucoup de maisons sont dotées en la matière, ce qui pallie au manque de vélos publics (type Vélib). Selon César Garrido, il n’est même pas dangereux de pédaler à Santiago. A titre personnel, ce n’est pas mon avis : les pistes cyclables, qui se multiplient, sont encore rares, et les chaussés défoncées sont bien plus favorables aux autos, qui font généralement peu cas des vélos. Je ne suis pas le seul à le faire, mais je préfère souvent rouler sur le trottoir à Santiago, en dépit du caractère incivique (et illégal) de la chose. Par facilité, pour ma sécurité, et il est vrai, aux dépends des piétons et de leur confort, et ce même si la pratique est largement tolérée. De là l’importance de pédaler en militant avec les Furiosos Ciclistas, pour mener à bien leur « vélorution » tant attendue, et réhabiliter la convivialité urbaine au travers du cyclisme ; pour les intéressés, le Grand Soir c’est mardi soir,  au début de chaque mois.

Article original publié sur le site du Petit Journal de Santiago

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