Comment compter les pays du monde ?

Le 5 septembre dernier, le Kosovo et Gibraltar disputaient leur premier match officiel pour les qualifications de la Coupe du monde de football 2018. Ils sont les 210e et 211e pays membres de la Fédération Internationale de Football (FIFA). Un chiffre largement supérieur aux 193 pays membres de l’ONU. Preuve qu’il y a presque autant de pays que de manière de les compter.

Le décompte des États du monde pose la question de leur définition, de ce qui permet leur existence. Il est coutumier, dans le droit international, de considérer qu’un État est constitué de trois éléments : un peuple, qui dispose d’un territoire défini par des frontières et d’une autorité politique pour l’administrer.

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FIFA : Fédération Internationale de Football

CIO : Comité International Olympique

ONU : Organisation des Nations Unies

CPI : Cour Pénale Internationale, dont le traité constitutif a été signé par 155 Etat (mais ratifié par seulement 124 d’entre eux)

Reconnus, même sans l’ONU

Dans les faits, la reconnaissance, par les organisations internationales ou par d’autres pays, joue un rôle au moins aussi important que la réunion de ces trois éléments pour permettre l’existence d’un État.

Ainsi, Taïwan dispose d’un territoire, d’un gouvernement et d’une population. Pourtant cette île au large de la Chine n’est reconnue comme État que par 22 pays, et ne fait pas partie de l’ONU – même si les Taïwanais sont membres du CIO et possèdent une fédération reconnue par la FIFA. Le pays, « créé » en 1949 par des Chinois fuyant le continent après l’accession au pouvoir de Mao, a choisi pour nom officiel la « République de Chine ». De son côté, Pékin, capitale de la « République populaire de Chine », grince des dents et milite pour que Taïwan passe sous son giron.

Dans l’infographie ci-dessous, Taïwan se situe dans le carré bleu, au même titre que la République turque de Chypre (que seule la Turquie reconnaît), que le Sahara Occidental (reconnu par 25 Etat membre malgré la vive opposition du Maroc) ou encore que l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, des territoires de Géorgie satellites de la Russie voisine. Le Kosovo, le plus jeune des États reconnus par des membres de la communauté internationale, n’a pas non plus de siège à l’ONU, puisque s’y oppose notamment son voisin serbe.

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223 pays au compteur ?

Au rang des autres anomalies étatiques, on peut aussi citer la Palestine. Pays observateur non membre de l’ONU, sa reconnaissance en tant qu’État, est acquise dans 135 pays. Mais les Occidentaux peinent à suivre le mouvement. Israël, soutenue par les États-Unis (ils ont retiré leur appui financier à l’UNESCO après que la Palestine en est devenue membre) est le premier artisan de cette absence de reconnaissance. Le Vatican est le deuxième pays « observateur » à l’ONU. Deux autres pays disposent aussi d’un statut spécial auprès de l’Organisation internationale : les îles Niue et les îles Cook, qui peinent à obtenir une totale indépendance vis-à-vis de la Nouvelle-Zélande.

L’imbroglio prend (encore) de l’ampleur si l’on considère les États appartenant à la liste des territoires non-autonomes ou « à décoloniser » selon l’ONU. Au nombre de 16 (même si le Sahara occidental est parfois considéré comme le 17e d’entre eux), il s’agit, à l’exception de Gibraltar, uniquement d’îles ou d’archipels. Un dépend de la Nouvelle-Zélande, deux de la France (la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française), trois des États-Unis, et les dix autres du Royaume Uni.

Pour plus d’exhaustivité, on pourrait enfin évoquer les républiques de Donetsk et de Lougansk, née du chaos de la guerre en Ukraine et reconnues seulement par l’Ossétie du Sud. Ou encore la Transnistrie (Moldavie) et le Haut-Karabagh (Azerbaïdjan), qui ne sont également reconnus que par des États eux-mêmes non reconnus par un Etat membre de l’ONU. Soit un total, discutable et discuté, de 223 pays.

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Fabien Leboucq
Étudiant à l'École Supérieure de journalisme (ESJ) de Lille, passé par Sciences-Po Lille et parti en année de mobilité au Chili puis en Floride, je suis maintenant en alternance chez RFI. L'actualité internationale me passionne, et ce blog, créé comme un carnet de voyage auprès de Mondoblog, est aussi devenu mon pressbook.

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