Delphine Batho au Chili

La députée et ancienne ministre de l’écologie Delphine Batho était de passage à Santiago, invitée à un séminaire de deux jours qui réunissait des députés d’Europe et d’Amérique Latine. Au programme : la démocratie, la cohésion sociale, les inégalités… je suis parti à sa rencontre.

Le séjour de la députée de la circonscription des Deux-Sèvres et ancienne ministre de l’écologie (juin 2012 – juillet 2013) n’a duré que quatre jours, mais a été riche en enseignements : de mercredi à dimanche, Delphine Batho a rencontré des politiques européens et chiliens. Elle a échangé avec Máximo Pacheco, ministre de l’énergie, sur les réformes énergétiques à venir et sur la place du solaire dans le pays. En compagnie de Pablo Badenier, ministre de l’écologie, elle a évoqué le rôle moteur que pouvait jouer le Chili aux niveaux régional et mondial dans le cadre du sommet sur le climat de Paris 2015 – comme en témoigne l’instauration prochaine d’une taxe carbone, un projet qui n’est pas éloigné de ceux de l’Europe en la matière. Enfin, la place des femmes dans la société, sur le marché du travail, et les violences qui leur sont faites ont été le sujet de ses conversations avec Claudia Pascual, ministre des femmes.

Avenir et citoyenneté

La députée socialiste s’est également rendue au Congrès, à Valparaiso, où elle a pu s’entretenir avec Guido Girardi, président de la commission du futur auprès du parlement et principal instigateur du Congreso del Futuro, dont lepetitjournal.com vous parlait il y a peu. L’occasion pour elle de saluer une « démarche prospective à laquelle participent des scientifiques » qui fait parfois défaut en France, où les enjeux de long-terme ne sont pas toujours considérés à leur juste valeur.

Dans un contexte marqué par les récents attentats du début de l’année, Delphine Batho a largement été interrogée par ses homologues sur la citoyenneté en France et sur le réveil civique qu’avaient provoqué ces événements.  Dans un pays comme le Chili, où les élites s’inquiètent de la désaffection pour la politique et de la montée de l’abstentionnisme, la Française a pu rappeler que c’est quand elles sont menacées que la République et la démocratie sont le plus vigoureusement défendues.  La réaction internationale de solidarité et de soutien vis-à-vis de la France a fait selon elle « chaud au cœur au peuple français, et lui a permis de redécouvrir la place qu’il occupait dans le monde ».

La jeunesse et les nouvelles gauches

Née en 1973, Delphine Batho confie qu’elle voulait depuis longtemps venir au Chili. L’expérience du gouvernement socialiste et démocratique de Salvador Allende apparaît à son sens comme « un exemple pour tous les socialistes français », comme l’a confirmé la visite de François Mitterrand en 1971. Aujourd’hui les jeunes générations ont un « tâche historique à remplir », en « changeant les règles héritées de la dictature ». C’est ce qui fait pour l’ancienne ministre tout l’intérêt du vaste programme de réformes de la présidente Michelle Bachelet, notamment en matière d’éducation.

Sa visite au Chili lui a aussi permis de revoir son ami d’enfance et camarade de classe Marco Enríquez-Ominami, exilé en France pendant la dictature, arrivé troisième aux élections présidentielles de 2009 et de 2013. Dirigeant fondateur du parti progressiste, l’homme incarne la nouvelle gauche chilienne, et grimpe rapidement dans les sondages. Comme c’est le cas des mouvements espagnol et grec, Podemos et Syriza, le parti progressiste représente une nouvelle offre politique, qui croît dans l’intervalle de la déception citoyenne face à la  gauche traditionnelle de plus en plus convertie à l’austérité économique. Cette austérité contre laquelle elle avait protesté quand elle était ministre de l’écologie dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, ce qui l’avait poussé à la démission, et plus tard à la rédaction d’un livre autobiographique, Insoumise*.

Pour conclure, Delphine Batho a affirmé attendre impatiemment la venue en France de ses amis chiliens, ainsi que la visite officielle de la présidente Michelle Bachelet, au mois de juin 2015. Car selon elle, le Chili et la France « ont beaucoup à s’apprendre mutuellement ».

delphine batho

Delphine Batho (Crédit Photo : Wikicommons)

*Insoumise, Delphine Batho, éd Grasset, 262 p., 18 euros

Article initialement paru sur le site de lepetitjournal.com de Santiago

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