Le dessinateur Olivier Balez parle de Charlie

Olivier Balez vit depuis huit ans au Chili, mais la récente tuerie de Charlie Hebdo l’a fait réagir. En tant que dessinateur et artiste, mais surtout en sa qualité de citoyen.

On doit au dessinateur français Olivier Balez de nombreuses illustrations : bande-dessinées, couvertures de livre, reportages graphiques (comme son tout récent album consacré à l’observatoire de l’ALMA), et aussi des collaborations avec la presse française (Libé, Le Monde, la revue XXI…). Après plusieurs années à Paris et beaucoup de voyages, Olivier Balez a finalement posé ses valises au Chili, il y a huit ans ; mais comme beaucoup, l’onde de choc de la tuerie de Charlie Hebdo ne l’a pas épargné.

Pour sa génération, « Cabu, c’était comme un oncle » ; un oncle qu’il lui est même arriver de croiser, avec d’autres membres de la rédaction de Charlie Hebdo, alors qu’il était encore à l’école Estienne (Paris 13e), toute proche de l’ancien siège du journal satirique. Les dessins de Charlie, Olivier Balez les qualifie volontiers de « féroces mais pas méchants », tout en saluant leur capacité à « appuyer là où ça fait mal ».

Eduquer, dessiner, vivre

Selon le dessinateur, le gros problème de notre époque est le manque de compréhension des images. Lui qui a grandi au temps des Coluche et des Desproges, maîtres incontestés de l’art de la provocation, il s’attriste qu’aujourd’hui les gens soient autant choqués par les dessins de Charlie. Pour ne pas assimiler la corrosivité du journal à de la violence gratuite ou islamophobe, il faudrait réapprendre à lire les images,  donner les outils de l’interprétation et les moyens de la compréhension aux jeunes notamment – surtout dans une époque où l’omniprésence de la télévision donne « l’impression d’une réalité ». L’image ou le dessin expriment une subjectivité affirme Olivier Balez, et il faut savoir analyser les éléments qui la composent, mais aussi ce qu’elle ne montre pas, ce qui est hors-champ.

A vouloir trop bien faire, à prendre trop de pincettes, on sombre dans le politiquement correct et l’unanimisme naïf. L’artiste se dit solidaire du mouvement « Je suis Charlie », sans pour autant l’appuyer aveuglément. Il se range derrière Luz, membre survivant de la rédaction de l’hebdomadaire : « ça les aurait emmerdé », à Charlie Hebdo, de devenir un symbole de la liberté d’expression. « On n’a pas tué un journal, on a tué des personnes » et il ne faut pas élever au rang de martyrs poursuit le dessinateur. D’autres prendront leur place, continueront leur travail, et la presse libre vivra.

De là la nécessité de prendre son temps pour (re)penser les tristes événements de l’actualité – surtout dans un monde « qui va trop vite » selon l’artiste. La liberté d’expression n’est pas morte ce 7 janvier 2015, mais elle ne continuera d’exister que si l’on a le droit de débattre et de prendre du recul pour échanger. « Tu n’es pas d’accord avec mon dessin ? OK, dis moi pourquoi et on en parle » : c’est ça l’intérêt de Charlie Hebdo pour Olivier Balez. Dans une société multiculturelle comme la France, la question soulevée en creux est celle du vivre-ensemble ; et pour y répondre, mieux vaudront l’humour et les crayons que la violence et les armes.

olivier balez Charlie Hebdo rencontre

Olivier Balez (Wikicommons)

Article initialement paru sur le site de lepetitjournal.com de Santiago

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